< > Editions Perturbations-Conversation des trois promeneurs-Peter Weiss
 
 

CONVERSATION DES TROIS PROMENEURS (1962)
Peter WEISS

traduction de Anne MONFORT


Trois hommes marchent. C’est tout ce que l’on sait. Ils marchent, marchent, dès la première seconde, et on les suit, on les accompagne, sans savoir où. Trois hommes marchent, mais peut-être ne marchent-ils pas. Trois hommes discutent, mais peut-être aussi restent-ils silencieux. Peut-être rêvent-ils. Ou encore, un seul d’entre eux parle-t-il. À lui-même et à personne. Ils s’appellent Abel, Babel et Cabel.
Est-ce là le lieu de l’innocence ? celui de la culpabilité ? ou bien tout ceci ne relève-t-il que d’un chaos grotesque et surréel ?

Fiction onirique, Conversation des trois promeneurs se construit sur la juxtaposition d’épisodes qui dégénèrent brusquement, sans que la raison première de cette déflagration ne devienne apparente: fragments somnambuliques, extatiques, qui n’offrent aucune pause dans la lecture et font se succéder les paradoxes.

Le monde de ces marcheurs est un tableau aux images mal digérées. La réalité, telle un rêve, se décompose et s’altère avec violence. La mythologie et le merveilleux se mêlent à des attaques satiriques de la société humaine et à une critique constante de la recherche de sens par le lecteur. Derrière l’absurdité, c’est une plaie sensible qui se dessine, une douleur significative, celle de la folie dissimulée derrière l’anodin, celle de la conscience déchirée de l’apatride.